La France forte, une histoire déjà finie ?

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Hollande-Sarkozy-Le Pen : un trio qui n’aura sans doute pas surpris grand nombre d’observateurs dimanche soir.

Pour Sarkozy, le choc est rude. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve république, un président sortant n’est pas en tête du premier tour. Ce n’est pourtant pas une surprise, même s’il avait confié se voir en tête quelques jours auparavant. Un artifice de push polling (logique chez cet admirateur des présidents américains Bush et de leurs méthodes) : une manoeuvre de communication politique qui vise à “pichenetter” les sondages et/ou les influenceurs dans l’objectif d’un effet amplificateur sur l’opinion. Vain.

Dans cette situation, comment rebondir ? Son allocution à la Mutualité était le moment de choix de la soirée électorale.

Généralisation

A 1,25 “ils [les Français] ont démenti toutes les prédictions et déjouer tous les pronostics.” Sarkozy prend appui sur une abstention moins forte qu’envisagée pour généraliser : tout était faux. Pourtant le candidat sortant était bien donné deuxième par tous les sondages et analyses. Alors coup de folie ? Pas du tout. Il s’agit de mettre en place la logique argumentaire suivante : si aucune prévision pré premier tour n’était fiable, aucune prévision pré second tour (qui lui sont défavorables) ne peut l’être…

Bref sa logique habituelle de construction de la réalité à partir de ses afffirmations.

Le grand écart du second tour

A 1’57 : “le respect de nos frontières“. Voici le premier sujet de préoccupations des Français énumérées par Sarkozy. Surprenant ? Non, en fait il parle là aux électeurs du Front national, la plus grosse réserve de voix dont il dispose.  Jusqu’à 2 tiers pourraient voter pour lui. C’est insuffisant compte tenu du faible score qu’il obtient au premier tour : donc le tiers restant des électeurs du Front national est une cible prioritaire. Sarkozy ne parvient pas à se dépêtrer du piège tendu par le Front National. A 5’14 : “Tous les français qui mettent l’amour de la patrie au dessus de toute considération partisane et de tout intérêt particulier“. (et non, il ne s’adresse pas là à Jean-François Coppé dont la seule voix ne suffira pas…)

A 4,30 : “la fuite en avant dans les dépenses publiques sans aucun contrôle“. Message aux électeurs centristes. Qui croient que François Hollande prône les dépenses publiques sans aucun contrôle ? L’argument semble un peu faible…

Pour ma part, je ne vois pas de perspectives de réussite car il faudrait rallier 80% des électeurs du Front national sans perdre le tiers des électeurs du Modem a priori acquis. Si vous voulez essayer de faire votre propre cuisine, Le Monde vous propose un utilitaire de simulation de report des voix. N’hésitez pas à proposer votre résultat en commentaire.

Le cogneur-copieur anonyme

A 2’50 : “Les deux candidats pour le second tour, désignés par les Français, ont maintenant un devoir de vérité et un devoir de courage“. Traduction : Sarkozy dit la vérité et est courageux tandis qu’Hollande ment et est lâche. Les autres phrases qui suivent forment en creux des attaques contre son adversaire.

Une approche triplement curieuse.

  1. Pourquoi des attaques en creux et pas des attaques directes ? Cela serait plus cohérent avec le positionnement du candidat du courage.
  2. A vouloir copier la stratégie de François Hollande qui ne cite pas son adversaire, Sarkozy se prend les pieds dans le tapis. Cela l’amène à parler de lui comme “le candidat” et donc à renforcer la stratégie de François Hollande ! Celle-ci a été redoutable car pour ne pas diminuer la portée de l’élection comme référendum contre sa personne, Sarkozy s’efface au profit du concept de France forte (lors de son allocution, l’adresse du site derrière lui est lafranceforte.fr tandis que François Hollande affiche francoishollande.fr). Il est plus difficile d’établir une connexion émotionnelle entre un concept et les électeurs qu’entre une personne et les électeurs. En outre, cela cadre mal avec le thème du courage… et même avec la personnalité de Sarkozy.
  3. La mise en avant de la France forte n’est que la resucée du concept de Gauche forte déjà utilisée par Martine Aubry contre François Hollande pendant les primaires citoyennes. Pourquoi reprendre un concept qui a déjà échoué une première fois ?

Super-sarko

A 3’43 : “Trois débats“. A 4’20 : “Toute l’énergie dont je suis capable“. Sarkozy est en fait super-Sarko, hyper-Sarko même. Beaucoup d’énergie. Peu de résultats, ajoute ses détracteurs : un constat que semblent partager bien des Français désormais. Hyper-Sarko joue donc son rôle d’hyper-Sarko. Mais il passe vite sur ce sujet et parait ne pas trop y croire lui-même.

L’homme Sarkozy n’est pas assez entré dans l’Histoire (il en est même déjà sorti)

A 5’46 : “Merci d’y avoir cru“. Une séance de dérapage surréaliste commence. Improvisée ? Cela en donne l’impression. Ce “merci d’y avoir cru” sonne comme une étrange fin de campagne.

A 6’05 : “Tout commence“. L’étrange continue. La campagne n’a pas commencée ? Est-ce autre chose qui commence pour Sarkozy ? Une autre vie ? Celle où il fera du fric (selon ses propres dires).

A 6’21 : “Vous avez été formidable“. De nouveau l’utilisation du passé alors qu’il reste deux semaines de campagne…

Le clou est enfoncé quand une trentaine de minutes après l’allocution, la salle est vide. Les militants ne sont pas partis, ils se sont enfuit. Les carottes sont cuites. Tout le reste n’est que gesticulations.

Pour voir, ou revoir, l’allocution :

http://www.dailymotion.com/video/xqaujf
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